Le 2 juin 2022, le Réseau Café-récits s’est réuni pour l’atelier-débat #7 au Schlossgarten Riggisberg. Des résident·e·s du Schlossgarten, des représentant·e·s du Réseau Café-récits et des personnes intéressées des alentours y ont pris part. Nous avons réfléchi ensemble aux différentes barrières, physiques et mentales. En voici quelques impressions:

«La journée a été très intéressante. J’ai été impressionné par les personnes qui ne peuvent ni parler ni entendre. J’ai appris que je pouvais parfaitement communiquer avec elles. Apprendre ainsi une langue des signes. J’ai redécouvert l’ouverture des gens. C’était un plaisir.»
Beat Zbinden, agriculteur, Riggisberg

 

«Il était intéressant d’apprendre à connaître autre chose pour une fois. De faire connaissance avec des gens dont le handicap est différent du mien. Ils étaient ouverts. Je me suis senti très coincé. Ce que j’ai appris: on est tous égaux. C’était génial de pouvoir passer toute une journée avec des personnes atteintes d’un autre handicap.»
Bruno Pärli, chauffeur, Riggisberg

 

«C’était super de rencontrer des visages familiers et nouveaux dans un si bel endroit par une journée estivale. Le sentiment de communauté entre les participant·e·s me motive et me donne l’impression de prendre part à quelque chose d’essentiel.»
Rhea Braunwalder, Réseau Café-récits, Saint-Gall

 

Des cafés-récits inclusifs

Les cafés-récits contribuent largement à la cohésion sociale. Ils doivent être accessibles à tout le monde. Mais le sont-ils vraiment, sans condition? En 2022, le Réseau Café-récits Suisse mettra l’accent sur les cafés-récits inclusifs et acquerra de l’expérience dans leur organisation sans barrières. Nous avons déjà élaboré certains éléments:

Vous souhaitez vous aussi tester ce format interculturel (voir entretien avec Johanna Kohn)? Vous trouverez ici des recommandations pour les situations de dialogue dans les cafés-récits réunissant des personnes sourdes qui signent et des interprètes de la langue des signes suisse-allemande. 

 

Avant le café-récits:

  • Veiller à avoir une bonne luminosité. Éviter le contre-jour.
  • En fonction de la composition du groupe, être attentive ou attentif aux bruits de fond (prothèses auditives, implants cochléaires).
  • Laisser le temps et l’espace aux personnes sourdes et aux interprètes pour déterminer la meilleure disposition des sièges.
  • Ne placer une table que si c’est nécessaire.
  • Déterminer s’il est important pour le groupe de parler en bon allemand.
  • Pour attirer l’attention d’un groupe sur vous (par exemple pour commencer), vous pouvez allumer et éteindre la lumière à plusieurs reprises. Si les interprètes sont déjà présent·es/en activité, on peut aussi «appeler» normalement. Les interprètes se chargeront d’utiliser la méthode appropriée.

Pendant le café-récits:

  • Il n’est pas nécessaire de faire des pauses spécialement longues pour les interprètes. Si cela va trop vite, les interprètes interrompront la conversation et demanderont de répéter.
  • Pendant la conversation, il est essentiel de maintenir le contact visuel avec les personnes auxquelles on s’adresse, et non avec les interprètes.
  • Les interprètes en langue des signes ne sont pas impliqué·e·s activement dans la discussion. Cela signifie que les questions ne leur sont pas adressées (sauf si elles sont directement liées à la situation d’interprétation).
  • À cause de l’interprétation, les personnes communiquant en langue des signes ont un léger décalage. Voilà une situation typique que l’on rencontre dans les groupes mixtes avec interprète: une question est posée à voix haute. Dès qu’elle est terminée, les premières ou premiers participant·e·s entendant·e·s s’annoncent déjà pour répondre ou répondent, alors que, parallèlement, la question n’a pas encore fini d’être posée en langue des signes. Les personnes sourdes sont donc désavantagées et les personnes entendantes leur passent devant. Le risque est que les personnes sourdes n’aient pas la parole dans des groupes mixtes. «Donnez la parole» aux participant·e·s, pour que chacun·e puisse s’exprimer. Avant que des réponses soient données à une question, cette dernière doit avoir été traduite entièrement en langue des signes.
  • La culture sourde se caractérise par le fait que de nombreuses personnes communiquent en même temps. Il est possible que les personnes sourdes trouvent l’organisation du café-récits sous forme de récits consécutifs (monologues) inappropriée et recherchent plutôt la discussion/le feedback. Il faut définir en amont des stratégies sur la façon dont les animatrices et animateurs vont gérer cela.

Vous trouverez ici le guide complet (en allemand).

Depuis plusieurs années, Renata Schneider-Liengme anime des cafés-récits à Fribourg, en français et en allemand. Malheureusement la crise sanitaire l’a contrainte, comme beaucoup, à mettre ces rencontres entre parenthèses. Début février 2021, pour garder le lien, d’autant plus précieux en ces temps de distanciation physique, elle a proposé un format épistolaire, postal ou digital. Le thème: «Une surprise».

Renata Schneider-Liengme, qu’est-ce qui a motivé ce projet de café-récits à distance ?

La pandémie, naturellement ! Il me semble qu’une telle activité manque à beaucoup de personnes : se rencontrer, écouter les autres raconter leurs expériences, échanger… Et parce que toutes les personnes intéressées ne sont pas forcément à l’aise avec les outils numériques pour se rencontrer par écran interposé, je leur ai proposé d’utiliser l’écrit pour s’exprimer. Même si je suis consciente, que ça peut aussi freiner certaines d’entre nous. Pour ne pas les exclure, j’ai prévu la possibilité d’être lectrice « muette », tout en informant les autres participantes de leur présence. Dans mon invitation j’ai aussi proposé de retranscrire des histoires racontées par téléphone.

Pourquoi ce thème, « une surprise » ?

Je souhaitais choisir un thème « facile ». Il me semble qu’une surprise peut être facilement racontée, même sans avoir autour de soi la présence des autres participantes et participants qui inspirent nos propres histoires.

Quel accueil a reçu votre invitation à participer à ces échanges par écrit ?

Entre les e-mails et les lettres, j’ai invité 115 personnes à participer à ce café-récits à distance, dont la majorité de langue allemande. Au fin

al, j’ai pu intéresser une vingtaine de personnes, que des femmes, dont douze germanophones. La plupart des personnes qui ont répondu connaissaient déjà le format traditionnel du café-récits. Parmi les réactions, il y a eu des refus nets. Une réaction m’a particulièrement ravie : une amie, à laquelle j’ai envoyé mon invitation m’a répondu qu’elle ne saurait pas quoi me raconter, mais m’a quand même raconté lors d’une rencontre fortuite une belle petite histoire sur la surprise qu’elle a eue quand elle a appris qu’elle allait devenir grand-maman – tout en me disant, qu’elle ne participera pas…

Vous avez aussi joué le rôle l’écrivaine publique.

Oui, j’ai retranscris les récits de deux participantes : celui d’une dame très âgée à qui j’ai rendu visite chez elle pour recueillir son histoire, et celui de sa voisine qu’elle avait aussi invitée et avec qui nous avons tenu spontanément un petit café-récits en présence.

Sans nous dévoiler le secret des histoires qui vous ont été confiées, pouvez-vous nous parler des « surprises » que vous avez reçues ?

Les histoires racontées étaient aussi surprenantes que le thème. Des cadeaux de Noël ou d’anniversaire, des mauvaises et des belles surprises. J’ai pu créer un recueil de sept histoires, aussi bien en français qu’en allemand, que j’ai fait suivre aux participantes. Une histoire en allemand est malheureusement arrivée avec une semaine de retard – mais c’était une superbe surprise pour moi, parce qu’il s’agissait d’une dame qui ne connaissait ni moi ni les cafés-récits !

Comment ont réagi les participantes à réception de la compilation des histoires ?

Après l’envoi par mail des recueils, j’ai eu quelques réactions de personnes très contentes et tout aussi surprises de la collection de ces récits. J’ai apporté les documents personnellement à des dames très âgées que je connais bien et qui apprécient beaucoup le café-récits en salle.

Que gardez-vous de cette expérience ?

Je suis très contente du résultat. Mais j’avoue que cela donne beaucoup de travail ! Les personnes qui ont participé à ce projet étaient contentes, mais elles préfèrent de loin les cafés-récits en présence. Moi aussi… Pour ce qui est la suite, j’ai prévu un lieu (bien situé au cœur de la ville de Fribourg) et deux dates en mai (en allemand) et début juin (en français) pour des café-récits que j’espère vivement pouvoir animer en salle et attirer du monde…

« Ici, ailleurs, partout… Où est votre chez-vous ? » Tel était le thème du café-récits organisé début octobre au Musée Ariana, à Genève. Une quinzaine de personnes ont pris part à cette rencontre. Les échanges à propos du chez-soi, de sa signification et de son importance ont révélé la richesse et la diversité des parcours de vie.

Abrité dans un véritable palais construit à la fin du 19e siècle, le Musée Ariana est le seul musée de Suisse entièrement dédié à la céramique et au verre. Ses collections figurent aussi parmi les plus importantes d’Europe. Mais quel est donc le lien entre des créations de céramique et de verre et le chez-soi, vous demanderez-vous. En fait, ce café-récits est l’aboutissement d’un travail de fin de formation en médiation culturelle réalisé par Kerstin Lau, médiatrice culturelle et animatrice de cafés-récits. Selon elle, la médiation culturelle peut prendre des formes multiples, qui répondent à des besoins de participation culturelle et d’ouverture des institutions culturelles à des groupes de population spécifiques divers. Les cafés-récits s’inscrivent dans ce même esprit : faciliter les rencontres, favoriser les échanges entre des mondes souvent étrangers les uns aux autres, dissiper les réticences et les appréhensions des contacts avec les autres.

Une fois n’est pas coutume, ce café-récits a commencé par une courte visite guidée du musée et des objets du quotidien qui y sont exposés, en l’occurrence des théières. Cette brève incursion dans l’univers du thé, boisson universelle, objet d’un cérémonial dans certains pays, a été l’occasion pour les participant·e·s d’évoquer des souvenirs plutôt touchants : ici le service à thé de la grand-mère qu’on ne sortait que le dimanche et dont on admire encore aujourd’hui la finesse de la porcelaine, là le thé qu’on ne buvait que quand on était malade, là encore la tasse de thé partagée pour se donner le temps de la réflexion avant l’achat d’une maison – un chez-soi pour la vie…

Le chez-soi est-il nécessairement un lieu?

Mais qu’est-ce que le chez-soi ? Une question que Kerstin Lau se pose depuis longtemps, elle qui a ses racines en Allemagne où elle a grandi et où elle a encore sa famille et ses amis, une question qu’elle a souhaité partager dans le cadre de ce café-récits. « Le chez-soi est-il un lieu, un pays en particulier ? Ou alors le chez-soi est-il associé à des personnes, des souvenirs, des couleurs, des saveurs, des odeurs ?

Avec Kerstin Lau, nous avons animé cette rencontre en tandem. Pour ouvrir la parole, nous avions convié deux « témoins » : Laurence et Jean-Charles. Laurence, qui a quelques ports d’attache mais pas de véritable chez-soi, se définit comme une nomade. En évoquant cette existence vagabonde, le fait de raconter et de mettre des mots sur son vécu, Laurence s’est rendue compte que son choix de vie avait ses racines dans son enfance et dans l’histoire familiale. Quant à Jean-Charles, il pourrait aisément incarner la sédentarité et la stabilité. Âgé de 70 ans, il vit dans la commune où il est né. S’il a parfois déménagé, ça n’était jamais bien loin, et ses foulées de coureur à pied l’ont toujours ramené dans sa campagne natale, là où ses parents et ses grands-parents avaient déjà leurs racines.

Lorsqu’on est privé de chez-soi

Les récits se sont ensuite enchaînés, révélant des parcours de vie riches et différents et montrant combien la conception du chez-soi comme un lieu dans lequel on se sent bien peut varier d’une personne à l’autre : la chaleur d’un feu de cheminée, les rayons de soleil qui entrent par la fenêtre, une BD et un bon whiskey, la vue sur les arbres, une architecture adaptée, un lieu à soi, des liens plutôt qu’un lieu… Pour d’aucuns, le chez-soi est aussi à rechercher à l’intérieur de soi-même. Des situations exceptionnelles comme la crise sanitaire liée au Covid-19 nous obligent par ailleurs à repenser le chez-soi. Parfois, ce sont les circonstances de la vie qui nous font prendre conscience de l’importance du chez-soi, surtout lorsqu’on en est privé, comme l’a raconté un participant. Sans domicile fixe durant une année, il a vécu à droite à gauche, partout là où on voulait bien l’accueillir. Aux personnes présentes, il a raconté son expérience, le sentiment de déracinement et d’insécurité. Avec beaucoup d’émotion, il dit avoir pris la mesure des difficultés auxquelles sont confrontées, notamment, les personnes migrantes et les sans-abri.

Ce café-récits a été très apprécié des participant·e·s. Les échanges se sont déroulés avec beaucoup de respect, d’empathie et d’écoute bienveillante. Fort de cette belle première expérience, le Musée Ariana a décidé d’organiser d’autres cafés-récits dès l’année prochaine.

Texte et photo : Anne-Marie Nicole

La série de cafés-récits conduits au Centre socioculturel de Prélaz-Valency, à Lausanne, a connu son épilogue le 11 septembre dernier, avec le vernissage du livre « Autour du centre – Dictionnaire de jeunes de Prélaz-Valency ». Il est le fruit de plusieurs mois d’échanges entre les adolescent·e·s autour de leur vie au centre et de leurs liens avec le quartier.

Nous avons déjà eu l’occasion d’en parler dans ces pages, l’aventure des cafés-récits au Centre socioculturel de Prélaz-Valency a commencé il y a une année, en octobre 2019. Durant les mois qui ont suivi, six rencontres ont réuni dix-huit adolescent·e·s qui fréquentent le centre. Ils ont parlé de leur vie dans ce lieu important pour eux, ainsi que des liens qui les unissent les uns aux autres. À la fin de chaque rencontre, le thème de la suivante était décidé d’un commun accord. « La seule condition pour participer était la régularité de la présence et le respect face aux propos exprimés par les autres », rappelle Daniela Hersch, recueilleuse de récits de vie et animatrice de cafés-récits.

L’idée de produire une publication est née dès le début du projet. « La production du livre a été un élément motivateur et valorisant pour les jeunes », souligne Daniela Hersch. Dès lors, avec l’accord des jeunes, les échanges ont été enregistrés, puis retranscrits. Les écrits qui en sont ainsi ressortis ont donné lieu à des débats animés entre les protagonistes sur les mots et les anecdotes qu’on peut écrire ou non dans un livre. La relecture partagée des textes a aussi réveillé chez les uns ou les autres de nouveaux souvenirs et permis ainsi de nouveaux partages.

La démarche choisie par Daniela Hersch et Franco De Guglielmo, animateur au centre socioculturel, a fait quelques va-et-vient entre la forme collective des récits de vie telle que pratiquée dans les cafés-récits et l’approche plus individuelle du recueil des histoires de vie. L’une et l’autre de ces approches visent à offrir un espace de parole convivial, rassurant et bienveillant.  À partir des échanges parfois chaotiques et décousus, et face à la grande diversité des thèmes abordés, il n’a pas été facile de dérouler un fil rouge d’une rencontre à l’autre. Comment, dès lors, rendre au mieux la parole des jeunes ? Le choix s’est arrêté sur la forme d’un dictionnaire, un abécédaire où se croisent les portraits des jeunes et les questions qui leur tiennent à cœur.

« Le processus de création de ce livre a été marqué par des discussions vives, des remises en question et des doutes, mais aussi par le partage, des rires, la découverte de nouvelles compétences et finalement la fierté d’avoir réalisé ensemble ce bel objet », a conclu Daniela Hersch, à l’occasion du vernissage. Et c’est en effet avec une fierté toute légitime que les adolescent·e·s ont raconté le déroulement du projet et la naissance du livre aux habitants du quartier et aux invités réunis pour l’occasion.

« Autour du centre – Dictionnaire de jeunes de Prélaz-Valency » est le fruit d’un projet imaginé par Franco De Guglielmo, animateur socioculturel, et Daniela Hersch, recueilleuse de récits de vie et animatrice de cafés-récits. La mise en page de l’ouvrage a été confiée à Raphaël Fachadas et les photos ont été réalisées par Lucie Delacrétaz.

Le livre est en vente dans les librairies Basta! et Payot à Lausanne, ou directement auprès de Franco De Guglielmo (franco.de-guglielmo@fasl.ch) au prix de 20 francs.

 

Avez-vous aussi déjà fait l’expérience de cafés-récits qui associent l’oralité des échanges à la production d’un écrit? Si tel est le cas, nous serions heureux d’en rendre compte dans ces pages. Faites-en nous part à l’adresse info@cafe-recits.ch.

Le centre d’animation des Bossons Plaines du Loup est situé au cœur d’un quartier populaire multiculturel situé au nord de Lausanne. Il propose aux habitant·e·s un lieu d’animation et d’échange, avec une large gamme d’activités. L’animatrice socioculturelle Silvana Annese a lancé au début de cette année une série de cafés-récits, avec la complicité de Daniela Hersch, recueilleuse de récits de vie et animatrice de cafés-récits. Si la pandémie du coronavirus a mis un frein au bel élan initié par une première rencontre à fin février 2020, elle n’a pas entamé l’enthousiasme des deux femmes. Un deuxième café-récits a eu lieu au début de l’automne. Et d’autres rencontres sont d’ores et déjà planifiées.

Silvana Annese, qu’est-ce qui vous a incitée à organiser des cafés-récits dans un lieu pourtant déjà bien animé et occupé ?

Silvana Annese – Les personnes qui fréquentent notre centre d’animation socioculturelle y viennent souvent pour « faire quelque chose » : des jeux, de la cuisine, des cours de français ou simplement accompagner leurs enfants pour des activités. Pendant ces moments, souvent sur le pas de la porte, il y a des discussions informelles intéressantes qui s’engagent. Nous avons pensé que des moments de conversation plus structurés tels que des cafés-récits pouvaient favoriser des échanges plus approfondis. De plus, la présence d’animatrices et animateurs socioculturels formés permet d’instaurer des espaces de parole dans lesquels les gens se sentent en confiance.

Quel est le public que vous voulez toucher ?

Ces rencontres s’adressent aux personnes qui fréquentent régulièrement le centre. Mais comme ce lieu est ouvert à toutes et tous, ce projet touche également l’ensemble des habitant·e·s du quartier particulièrement marqué par la mixité sociale et générationnelle. Lors de notre premier café-récits, en février, il y avait surtout des grands-parents et des mamans venant de Suisse romande, de Suisse alémanique et de plus loin, au-delà de nos frontières.

Quels sont les objectifs que vous poursuivez avec les cafés-récits ?

L’objectif premier est sans doute de créer le lien social et d’offrir un espace de parole pour celles et ceux qui n’ont pas l’habitude de s’exprimer. Il s’agit également de remettre en question certaines idées reçues et d’instaurer un rituel de rencontre et de partage pour des personnes souvent très occupées dans leur vie quotidienne. Nous visons également l’autodétermination des participant·e·s. En effet, si nous avons proposé le thème du premier café-récits, qui portait sur les jeux de l’enfance, ce sont désormais les participant·e·s qui choisissent les thèmes des rencontres d’un commun accord et qui en font la promotion auprès de leurs voisins et connaissances. Dans le même esprit d’autonomisation et de partage, chacune et chacun apporte quelque chose pour le goûter qui suit le moment plus formel du café-récits, goûter que nous partageons avec les enfants qui ont, eux, participé à d’autres activités du centre.

Après une pause forcée en raison de la crise sanitaire, vous avez repris les diverses activités au centre. Comment s’est déroulé le deuxième café-récits ?

Nous avons en effet organisé un deuxième café-récits avec Daniela, en tandem, sur le thème « Au boulot – Mes premières expériences de travail ». Cinq personnes étaient présentes. Dans le contexte actuel, et dans le cadre du quartier des Bossons, je pense qu’un maximum de neuf personnes, y compris l’animatrice, est un nombre idéal. Même si certaines personnes ne maîtrisent pas très bien le français, elles ont pu s’exprimer sans être interrompues et ont bénéficié de toute l’attention des autres.

Et la suite ?

D’entente avec les participant·e·s, le prochain café-récits aura lieu à la fin du mois d’octobre sur le thème des voyages. Désormais, j’animerai seule ces cafés-récits.

 

Un café-récits dans mon quartier?

Si vous souhaitez proposer un café-récits dans votre maison de quartier ou votre centre d’animation socioculturelle, le Réseau Café-récits vous apporte volontiers son aide pour l’organisation et l’animation. N’hésitez pas à nous contacter: info@cafe-recits.ch

Le 8 juillet 2020, une année jour pour jour après une première rencontre en présentiel organisée à Lausanne pour présenter le Réseau Café-récits en Suisse romande, une séance d’information à distance a réuni une petite dizaine de personnes. Objectifs de cette vidéoconférence : promouvoir les cafés-récits, permettre aux participantes de vivre un café-récits, en expliquer le concept et présenter le réseau.

Depuis plusieurs mois, diverses personnes en Suisse romande avaient fait part de leur intérêt à en savoir davantage sur la démarche des cafés-récits proposée par le Réseau Café-récits, sur l’organisation et l’animation de cafés-récits. Une nouvelle séance d’information avait ainsi été prévue en Suisse romande au mois d’avril, séance qui a cependant dû être annulée avant même d’avoir été publiquement annoncée, en raison de la crise du coronavirus.

Dès lors, et pour ne pas reporter notre projet aux calendes grecques, nous avons choisi d’organiser cette séance d’information en visioconférence. Huit personnes ont répondu à l’invitation. À cette occasion, elles ont fait l’expérience d’un café-récits hors du commun sur le thème de « La culture du récit – Comment, quand, où se raconte-t-on ? » À l’heure des réactions et commentaires, les participantes ont évoqué quelques éléments qui caractérisent justement les cafés-récits : le lien qui se tisse entre les personnes au fil de la discussion, les échos qu’éveillent les différents récits de vie, la rapidité avec laquelle chacun et chacune ose se raconter grâce au cadre rassurant et respectueux. Elles ont également relevé le rôle de la personne qui anime, l’importance de l’écoute pour mettre en lien et rebondir sur ce qui est dit, la nécessaire préparation soigneuse qui laisse cependant la place à une part d’improvisation…

Après une présentation plus formelle de la démarche des cafés-récits, du réseau et de ses prestations, les participantes ont posé des questions très concrètes sur l’organisation (budget, timing…) et l’animation (soutien, formation…). Les retours très positifs et l’intérêt généralement témoigné laisse augurer un bel avenir pour les cafés-récits en Suisse romande ! L’équipe du Réseau Café-récits s’en réjouit et se tient à disposition pour soutenir l’initiation d’un café-récits, assurer un accompagnement sous forme de « pas de deux » par exemple, concevoir une formation à l’animation ou organiser une autre séance d’information. N’hésitez pas à nous contacter par e-mail à info@cafe-recits.ch

Texte : Anne-Marie Nicole, coordinatrice du Réseau Café-récits pour la Suisse romande

Le projet de cafés-récits lancé à l’automne 2019 par le Centre socioculturel de Prélaz-Valency avec une petite vingtaine de jeunes a pris fin ce printemps. Une publication rendra compte des histoires et des discussions échangées dans le cadre de cinq rencontres animées autour d’un repas convivial.

Daniela Hersch, recueilleuse de récits de vie et modératrice des cafés-récits du Centre socioculturel de Prélaz-Valency, avait déjà présenté le projet l’automne dernier dans ces mêmes pages Internet.

La série de cinq cafés-récits, organisés autour d’un repas convivial, a pris fin au début de l’année 2020. Ces rencontres, dont le Journal de quartier de Prélaz-Valency s’est fait l’écho, ont permis à une petite vingtaine d’adolescentes et adolescents de se raconter à travers ce qui les unit au centre socioculturel et d’exprimer leur vision à propos de la famille ou du quartier. Les échanges feront l’objet d’une publication à paraître d’ici à l’automne et dont l’un des objectifs est d’ouvrir le dialogue avec les habitants du quartier et de contribuer à une meilleure compréhension entre les générations.

Aujourd’hui, c’est Franco De Guglielmo qui s’exprime sur cette expérience dont il retient trois points forts du point de vue des différentes parties prenantes :

  • Pour les jeunes, l’occasion de confronter leurs expériences et leurs idées dans un climat de dialogue, de respect et de non-jugement.
  • Pour les professionnel·le·s de l’animation socioculturelle, l’opportunité de mieux connaître les jeunes qui fréquentent le centre et les liens qu’ils y construisent.
  • Pour les habitants du quartier, la possibilité de participer à un dialogue intergénérationnel.

Cette année, le Réseau café-récits soutient à nouveau des projets inspirants par le biais d’une contribution de 500 francs. Rhea Braunwalder, collaboratrice du projet, répond aux questions relatives au thème de cette année: «Des cafés-récits pour demain».

Pourquoi l’équipe de projet a-t-elle retenu le thème «Des cafés-récits pour demain»?

Il y a quelque temps, j’ai participé à un débat sur l’extension de la norme pénale antiracisme, sur laquelle le peuple s’est exprimé début février. Le sujet a donné lieu à de vives discussions. Lorsque l’animateur a voulu clore le débat, un monsieur d’un certain âge a demandé la parole avec insistance. Il a raconté comment, en tant qu’homosexuel, il avait souffert de discrimination sur son lieu de travail. Le public était visiblement touché et en même temps restait songeur. C’est ce qui m’a donné l’idée d’encourager des cafés-récits portant sur des sujets de société, parfois tabous, qui font l’actualité et qui vont influencer notre futur. Dans un débat conventionnel, ce récit autobiographique n’aurait probablement pas été entendu. Mais cette personne a eu le courage de raconter son histoire personnelle au public.

Dans quel contexte rêveriez-vous d’organiser un «café-récits pour demain»?

Dans le cadre d’une campagne de votation, car les échanges et les discussions n’y sont pas toujours menés de façon objective et professionnelle. Ce qui m’intéresse n’est pas de présenter une position comme «juste» ou «fausse», mais de faire passer l’échange entre défenseurs et opposants à un autre niveau. Ainsi, organiser un café-récits dans le contexte d’une éventuelle votation sur l’introduction du congé paternité me tenterait énormément!

Quels sont les défis particuliers liés aux questions d’avenir controversées?

Lors de sujets controversés, la personne chargée de l’animation ne prend pas de position normative, mais crée un espace de discussion. Il n’y a pas de «juste» et de «faux». Les opinions peuvent diverger. Or, il peut s’avérer difficile de traiter les différentes perspectives défendues autour de la table de façon impartiale. Les cafés-récits qui abordent un sujet d’actualité important pour l’avenir auront un impact sociétal d’autant plus fort s’ils mettent en lumière les perspectives les plus diverses sur le sujet. Ici, le défi consiste à toucher et à rassembler des personnes qui ont des perspectives et des expériences différentes sur le thème choisi.

Comment déposer une demande de soutien?

Des informations supplémentaires à l’attention des animateur·trice·s et des organisateur·trice·s sont disponibles sur notre site Internet, sous «Programme de soutien». Il est possible d’y déposer directement sa demande. Nous désirons encourager le plus grand nombre possible d’animateur·trice·s et d’organisateur·trice·s à s’annoncer.

Candidature et conditions de participation au programme de soutien

La vie n’est pas toujours un long fleuve tranquille: il peut arriver de glisser entre les mailles du filet, de perdre son emploi, son appartement, son environnement social. Le nouveau café-récits qui se tient au café de rue Sunestube permet aux personnes qui vivent dans les rues de Zurich de raconter leur histoire dans un cadre discret.
À Zurich, la fondation d’œuvre sociale du pasteur Sieber accueille les personnes en détresse. Le café de rue Sunestube leur offre la chaleur d’un foyer, un bon repas, du soutien et un espace où nouer des contacts sociaux. Avec les cafés-récits, un nouveau type d’échange y est proposé régulièrement.

Un enthousiasme contagieux

«Tout a commencé par une séance d’information du Réseau Café-récits. L’une de nos collaboratrices s’y est rendue et est revenue enthousiaste. L’idée de proposer ce format à nos hôtes l’a immédiatement séduite», se souvient Christine Diethelm, responsable du café de rue Sunestube et du travail de rue. Elle a donc présenté le concept à l’ensemble de l’équipe avec un enthousiasme contagieux. «Les fondements de notre fondation reposent sur des valeurs telles que l’estime, la dignité et des relations vécues sur un pied d’égalité. Or ces valeurs se retrouvent dans l’idée de communauté portée par les cafés-récits», poursuit Christine Diethelm. La fondation recherche sans cesse de nouveaux moyens pour intégrer ses hôtes au sein de la communauté. Aussi l’idée a-t-elle convaincu d’emblée.

Une force qui donne le courage de vivre

Pour nous autres humains, le sentiment d’appartenance à une communauté est un besoin fondamental, explique la spécialiste. «Il n’est pas facile de dépendre dans une large mesure d’un soutien, le moral en prend un coup. L’échange est d’autant plus important». Christine Diethelm est convaincue que les cafés-récits constituent une belle opportunité de raconter ce que l’on a vécu dans un cadre rassurant. «L’histoire de chacun reçoit ainsi un accueil bienveillant. Et l’écoute respectueuse transmet une force qui donne le courage de vivre.»
Les personnes dont la vie se joue dans les rues de Zurich apprécient le café-récits. Elles se réunissent, discutent de ce qui fait le quotidien, racontent des événements personnels autour d’un café. «L’émotion et l’étonnement des participants sont perceptibles à l’écoute des expériences vécues par leurs compagnons d’infortune», remarque Christine Diethelm. «Nous sommes souvent étonnés par la richesse des expériences dévoilées au fil des récits et par la difficulté de certaines situations rencontrées par nos hôtes.»

Un aperçu de biographies mouvementées

La responsable de Sunestube cite un exemple: «Une femme a raconté des événements très personnels datant de son enfance et de son adolescence. Elle a grandi dans des conditions très difficiles et a eu plusieurs enfants alors qu’elle n’était qu’une adolescente. Son récit a aussi permis à l’équipe d’accueil de mieux comprendre son comportement au sein de la communauté et de pouvoir être là pour elle.»
Est-ce qu’on rit aussi au café-récits de Sunestube? Certainement, confirme la responsable de la structure, le sourire aux lèvres. «Je suis souvent étonnée par l’humour dont font preuve nos hôtes, malgré un passé traumatisant et des conditions de vie difficiles.» Le respect mutuel qui caractérise un café-récits aide à passer d’expériences difficiles à des instants plus légers qui redonnent courage ou qui sont parfois même drôles.

Tout le monde est bienvenu au café de rue Sunestube à Zurich (Photo: Fondation d’œuvre sociale du pasteur Sieber).

À propos du café de rue Sunestube

La Fondation d’œuvre sociale du pasteur Sieber a été fondée par ce dernier en 1988. Jusqu’à sa mort en 2018, Ernst Sieber a lutté contre la misère liée à la drogue à Zurich et s’est consacré aux personnes en marge de la société. La fondation est financée par des prestations de caisses d’assurance-maladie et de l’aide sociale, ainsi que par des dons, des legs et des héritages. Parallèlement au café de rue, la fondation exploite divers centres d’hébergement d’urgence, des groupes de vie, un service de conseil social, un centre de distribution de vêtements et de nourriture et propose les services d’un vétérinaire de rue. Le café de rue a enregistré 22 817 visites l’année dernière. Les hôtes peuvent y passer un moment, manger un repas simple et y trouver de la compagnie.

 

Reportage: Anina Torrado Lara
Photo: Fondation d’œuvre sociale du pasteur Sieber